Avalanche de pain

Parfois, le soir, quand j’ai la flemme de cuisiner ou que je rentre tard d’un déplacement en Suisse romande, je vais voir l’application Too Good to Go.

Le principe est génial : brader à petit prix les invendus de magasins alimentaires ou de restaurants, pour éviter que ceux-ci ne doivent jeter des aliments. Et ainsi lutter contre le gaspillage alimentaire.

L’autre jour, c’était un samedi en fin de matinée que j’étais prise de paresse et que j’ai consulté ladite application. Une boulangerie à quelques minutes de chez moi écoulait ses stocks avant la fermeture du week-end.

J’ai payé mes 5.90 chf en ligne (pour un panier surprise équivalent à une somme de 20chf) et me suis rendue dans la boulangerie en question.

La vendeuse a commencé à préparer mon panier, en y mettant des quantités astronomiques de pains, croissants, viennoiseries, et autres pâtés. Quand je lui ai dit que ça me paraissait énorme, elle m’a répondu : « de toute façon, sinon, ça va finir à la poubelle ».

J’avais envie de rétorquer que le but n’était pas que tout cela finisse dans ma poubelle à moi, mais je ne voulais pas polémiquer…

J’ai pensé que tout cela était quand même un peu absurde : brader des invendus alimentaires (en sachant à l’avance qu’on va en avoir !), au lieu de simplement produire un peu moins.

Quitte à ce qu’à midi moins dix, le client se retrouve face à des rayons à moitié vides et se contente de ce qu’il reste. Mais à vouloir pouvoir proposer une diversité de produits jusqu’à la dernière minute, forcément on risque d’avoir des restes importants.

(L’idée de ce post n’était pas de critiquer l’application en question, qui reste à mon sens une initiative très positive dans le paradigme de consommation dans lequel nous vivons. Et puis, le fait de recevoir de grandes quantités de nourriture a cela de positif que cela pousse au partage : j’ai fait de nombreux heureux avec tout ce pain et ces croissants que j’ai amenés à différents pique-niques entre amis !)

(Ré)apprendre à se serrer les coudes

A priori, je ne pensais pas reprendre ce blog après l’été avec un sujet si polémique.

Je ne voulais même pas m’y atteler, à cette question, à n’importe quel moment de l’année.

Mais il y a là quelque chose qui bout en moi depuis quelques semaines déjà, et j’ai à cœur de l’écrire.

Voilà : avec ce Covid-19, et ce qu’on vit actuellement, il y a les pro- et les anti-masques.

J’ai en « amis » sur les réseaux sociaux quelques personnes qui appartiennent au second camp.

A chaque fois qu’ils/elles postent quelque chose, je sens que ça me tend.

Déjà parce que ce qu’ils/elles formulent a souvent quelque chose d’agressif et de négatif (appel au boycott, esprit d’opposition, insinuations complotistes, etc.)

Personnellement, je n’aime pas non plus porter de masque. Mais je ne veux pas appartenir au clan des anti-masques. En me demandant ce qui me heurte dans ce combat – un peu vain, à mon avis.

Et puis, j’ai compris.

Ce qui me tend, ce qui me heurte, c’est que ces anti-masques ont à mon sens, une seule et unique préoccupation : la défense de leur sacro-sainte liberté individuelle.

Ce n’est pas de porter un masque qui les dérange. Certain-e-s dénoncent l’absence d’efficacité certes, sur le plan sanitaire, mais ce qui leur pose problème, c’est le devoir d’obéissance. De soumission. A qui ? Pas à un groupuscule obscur ou à une entité aux intérêts privés, non : à l’Etat.

L’Etat même à qui on reproche souvent de ne pas faire, de ne pas faire assez, de se faire manipuler par de grandes entreprises et autres lobbys.

Ce qui me heurte, – et encore une fois je ne souhaite au fond pas raviver ce débat sur le Covid-19 dont on a un peu assez – , ce qui m’inquiète, c’est que le jour où l’on devra effectuer de vrais efforts, dans notre quotidien, pour survivre au changement climatique, le jour où l’on devra rationnaliser l’eau en été, limiter notre consommation de chauffage en hiver, ne plus prendre l’avion que pour des motifs de déplacement impérieux, etc., ce seront ces mêmes personnes qui revendiqueront leur liberté, leur confort, et le refus qu’on leur impose quelque chose.

On économisera de l’eau en été et du combustible en hiver par solidarité, pour que chacun en ait assez. Parce qu’il faudra se serrer les coudes.

Et on aurait tout intérêt à commencer dès aujourd’hui, à mon avis, à (ré)apprendre à se serrer les coudes.